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La lecture labiale en Belgique

 

HISTORIQUE
Pour bien comprendre le système belge, il faut savoir que seules les prestations accordées en matière de « rééducation auditive » sont prises en charge par la sécurité sociale. Ces prestations sont dispensées dans l’un des centres médicaux d’audiophonologie après accord préalable d’un conseil pluridisciplinaire. La durée de prise en charge est de l’ordre de 1 à 2 ans. Il n’y a pas de convention avec les logopèdes pour l’enseignement de la lecture labiale en dehors de ces prestations autour de l’implant cochléaire ou de l’implant à ancrage osseux.
La situation est particulièrement difficile pour les personnes en rupture de communication qui n’entrent pas dans le cadre de ces prestations ou qui, pour des raisons diverses, ne sont plus appareillables. C’est donc à l’initiative des malentendants eux-mêmes que cet enseignement s’est organisé en Belgique.
Les cours sont fréquentés par des malentendants ou devenus sourds qui maîtrisent bien le langage. C’est avant tout parce qu’ils ne comprennent plus la parole de leurs semblables qu’ils viennent à nous. Ils sont généralement appareillés de longue date et l’aide auditive ne leur procure plus ou pas assez de gain. Il n’existe pas de projet « d’immersion à la lecture labiale » mais un esprit d’entraide dans certains cas. Les candidats progressent au rythme de leur persévérance et de leur débrouillardise. Les cours sont majoritairement dispensés par des malentendants bénévoles connaissant bien les problèmes liés à la malentendance.
Notre association a pour objectif d’aider à combattre l’isolement des personnes malentendantes ou devenues sourdes et de promouvoir leur réinsertion dans la vie sociale, familiale ou professionnelle. La fondation de l’Amicale des Durs d’Oreille de Belgique remonte à 1934 et c’est en 1947 qu’elle organise pour la première fois des cours de lecture labiale.
Parmi les principaux initiateurs figure M. Raymond Saussus, professeur à l‘Institut provincial pour Sourds-Muets de Berchem-Bruxelles depuis 1932. Nous lui devons un ouvrage de grande valeur, réalisé en collaboration avec J.-E. Fournier, directeur de la Compagnie Française d’Audiologie à Paris, qui présente, en 20 leçons, un cours complet de lecture labiale qui sera publié en 1949 à Paris, Bruxelles, Montréal et Lausanne.
Dans la préface de ce livre, N. Herman, inspecteur des Etudes Honoraires des Institutions Nationales de Sourds-Muets, fait allusion à la lecture labiale de la manière suivante :
« Le problème de la lecture sur les lèvres est un des plus ardus qu’aient à résoudre les sujets atteints de surdité congénitale ou de surdité acquise.
En apparence, il suffit de percevoir visuellement, sur une bouche, ce que d’autres perçoivent auditivement.
En fait l’oreille entend et distingue les dix-huit consonnes et les quatorze voyelles de la langue française. Il y a un alphabet acoustique.
Par contre, il n’y a pas, à proprement parler, d’alphabet labio-visuel. Autrement dit, ce dernier présente de nombreuses lacunes car il n‘y a pas trente-deux perceptions labio-visuelles distinctes pour les trente-deux éléments phonétiques Ce n’est donc pas sans peine que l’on peut réaliser les conditions d’une suppléance sensorielle pleinement satisfaisante. »
A cette époque, toutes les écoles s’accordent sur la classification des éléments phonétiques communément admise par les professeurs des établissements français de sourds-parlants.
Plus tard, en 1964, Raymond Saussus publiera le fruit de ses nombreuses années de recherches élaborées à partir des données de la phonétique, de la pathologie auditive, de la linguistique et surtout de la pédagogie du sourd dans laquelle sont exposés tous les éléments théoriques indispensables à l’établissement d’une méthode scientifique de rééducation auditive. Il a su allier à ses connaissances pédagogiques remarquables une érudition et une compréhension de la phonétique qui donnent à sa méthode une base théorique de grande valeur dont s’inspirent encore aujourd’hui les rééducateurs de l’audition.
Par la suite, L’Amicale des Durs d’Oreille de Belgique prendra le nom de Ligue Belge contre la Surdité en 1960 et en 1995 ce nom sera remplacé par Ligue Belge de la Surdité. Tout récemment la Ligue Belge de la Surdité a changé de nom pour prendre celui que nous lui connaissons maintenant «  LES MALENTENDANTS asbl «   Entraide par la lecture sur les lèvres.
M. Saussus restera conseiller pédagogique de la Ligue jusqu’à son décès survenu en 1984. Tout au long de son mandat, il aura eu soin de former des « répétiteurs et moniteurs bénévoles » dont Hélène Deconinck. Elle le remplace en 1974 au cours de lecture labiale de Saint-Josse. A son tour, elle va initier nombre de monitrices et de moniteurs … et continue toujours. Grâce à elle l’enseignement de la lecture labiale perdure (consultez la grille des cours)
Lors des saisons 1980 et 1981, la RTBF diffusa, en séances hebdomadaires et dans un montage remarquable, les cours de lecture labiale élaborés et présentés par son auteur, Monsieur Saussus. Des cassettes sont encore disponibles.


PEDAGOGIE
C’est à des exercices sur des mots, des membres de phrases et des propositions complètes que nous accordons notre préférence. Celle-ci est justifiée par quatre raisons majeures : tout d’abord, dans la vie elle-même, nous ne parlons que très rarement par monosyllabes ou par mots isolés ; mais bien, le plus souvent, par membres de phrases ou bien par phrases entières.
En deuxième lieu, il est incontestable que la suppléance mentale est incapable de produire tous ses effets sans l’existence d’un « contexte », ce qui implique la nécessité de présenter des mots associés à d’autres mots.
Ensuite, lorsque l’on sait avec certitude que le rythme et la cadence de la parole jouent un rôle primordial, il serait malvenu de se priver de présenter des ensembles de vocables ayant leur propre « mélodie ».
Enfin, et cette quatrième raison n’est pas la moins pertinente, un phonème, qu’il soit une consonne ou bien une voyelle, ne provoque pas une impression auditive constante. Celle-ci peut varier selon que l’élément phonétique observé se trouve au début, au milieu ou à la fin d’un mot. D’une façon générale, les consonnes sont moins bien perçues (mais très bien vues) en position initiale et les voyelles en position terminale. Rien d’étonnant donc à ce que nos exercices pratiques ne réservent qu’une place très modeste aux éléments isolés et aux mots, alors qu’ils en accordent une très large aux phrases complètes pour que l’élève cultive ses aptitudes à compenser par la réflexion le nombre, parfois réduit, des informations dont il dispose. C’est pourquoi nous préférons de loin utiliser des phrases courantes, telles qu’elles sont prononcées dans la vie elle-même.
La suppléance mentale doit son efficacité à trois facteurs précis :
Le premier a trait au vocabulaire. Le deuxième facteur favorable à la lecture labiale est d’ordre grammatical. Enfin, le troisième facteur est associé à l’idée contenue dans les paroles prononcées. Tous les malentendants ont remarqué qu’il leur est plus facile de lire sur les lèvres dès qu’ils ont compris de quoi on leur parle. Ils attendent alors que soient employés un certain nombre de mots se rattachant au sujet traité. Non seulement ils les reconnaissent alors plus aisément mais, de plus, la suppléance joue le rôle qui lui est dévolu d’une façon beaucoup plus sûre.
Certains mots étant des sosies presque parfaits, il est normal qu’ils soient pris l’un pour l’autre. Il en est d’autres qui, théoriquement, sont aussi des sosies mais qu’un bon labiolecteur bien entraîné peut identifier grâce à des indices pourtant peu apparents. Un bon exercice consiste à rechercher tous les mots pouvant se confondre avec un mot donné.
Les mots rébarbatifs : Pour avoir des chances de ne pas confondre, nous avons pris pour habitude de répéter les phrases et les mots à haute voix et de relever les mots qui portent à confusion. Lorsqu’un élève butte sur un mot, nous analysons d’où provient la difficulté ; nous écrivons le mot mal vu et montrons de face, de profil et de ¾ comment il s’articule. Nous demandons aux élèves d’en prendre note pour refaire l’exercice avec leurs proches ou devant un miroir. S’astreindre à articuler posément, tout en s’efforçant de prendre conscience des déplacements des lèvres, de la langue, des dents, des joues et des maxillaires ne peut qu’avoir des répercussions heureuses sur l’aptitude à lire sur les lèvres. Plus il sera pris conscience des mouvements des lèvres dans l’articulation des voyelles et des consonnes, mieux celles-ci seront repérées et mieux les difficultés seront identifiées.


Apprendre à regarder.
On peut très bien disposer de bons yeux et néanmoins regarder sans voir. Tel ne peut pas être le cas pour le malentendant qui aspire à devenir un bon labiolecteur. Pour parvenir à ce résultat, il doit au contraire être capable de relever en un clin d’œil un maximum de détails et de perceptions sans disperser son attention s’il doit observer les lèvres et faire abstraction du bruit. C’est là un genre d’entraînement auquel tout labio-lecteur doit s’astreindre.


Françoise Raach